L’artiste et le philanthrope Nouvelles acquisitions ‒ les dons de 2014-2015
  • Christine Bernier

Introduction

  • Christine Bernier

Nous reconnaissons tous, aujourd’hui, l’importance qui doit être accordée au traitement numérique des collections patrimoniales d’œuvres d’art, principalement en ce qui concerne leur archivage comme leur diffusion ; et les institutions muséales se doivent de recourir aux technologies numériques pour répondre adéquatement à leur mandat. Évidemment, lorsqu’il s’agit d’œuvres d’art, nous pouvons considérer que leur mission n’a pas fondamentalement changé depuis le début du XXe siècle : préserver et exposer les objets qui leur sont confiés, dans l’intérêt de la société et de son développement. Que la nature de ces objets soit matérielle ou immatérielle n’affecte pas essentiellement cette mission première, si l’on considère qu’il faille prendre acte de ce désir accru de favoriser l’action participative des publics des musées d’art.

Les institutions muséales sont gardiennes de la mémoire, tout en présentant dans l’espace d’exposition, ainsi que dans cet espace public qu’est le Web, ce qui pourra devenir notre patrimoine futur dans le monde de l’art. Le Centre d’exposition de l’Université de Montréal [1], qui est responsable de la conservation et de la diffusion de la Collection d’œuvres d’art de l’Université de Montréal [2], avait déjà conçu, en 2011, une exposition virtuelle intitulée Art pour tous [3]. Ce projet innovant présentait, en ligne, la collection d’art public disséminée sur le campus universitaire.

C’est en quelque sorte dans cette filiation que s’inscrit le catalogue L’artiste et le philanthrope. Nouvelles acquisitions ‒ les dons de 2014-2015. En tant que trace numérique de l’exposition éponyme présentée du 10 au 26 mars 2016, cette publication diffuse un ensemble de textes et d’images facilement accessibles, certes, mais elle implique aussi une dimension évolutive avec la possibilité de mises à jour de contenus complémentaires. Il ne s’agit pas simplement d’une activité scientifique ou pédagogique au goût du jour, mais bien d’une action nécessaire qui tente de répondre aux exigences du rythme contemporain d’accès aux connaissances.

En effet, L’artiste et le philanthrope est né dans un « laboratoire » d’histoire de l’art, qui supposait une vélocité exceptionnelle pour en faire « un projet pilote ». Le travail s’est développé dans le cadre du séminaire intitulé Muséologie et histoire de l’art, offert au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal [4], pendant le trimestre d’hiver 2016. Les dix étudiants ont agi à titre de commissaires, en effectuant la recherche sur les artistes et sur les œuvres nouvellement arrivées au Centre d’exposition, en rédigeant les textes du catalogue, ainsi qu’en travaillant à la conception du plan de montage de l’exposition. L’idée d’un catalogue numérique et évolutif s’imposait, de manière à ce que les résultats de ces recherches en histoire de l’art québécois puissent être mis à jour et bonifiés de nouvelles découvertes. Et cela, d’autant plus que la publication, comme l’exposition, sont le résultat d’un programme réalisé au rythme d’un échéancier très serré, pour présenter publiquement un important corpus d’œuvres d’artistes québécois : une période de production de moins de trois mois !

Le sous-titre du projet, Nouvelles acquisitions ‒ les dons de 2014-2015, est donc approprié, puisque la plupart de ces œuvres se trouvaient encore chez les collectionneurs quelques semaines avant le lancement de la publication. Car L’artiste et le philanthrope, c’est aussi un hommage rendu aux donateurs de la Collection d’œuvres d’art de l’Université de Montréal. En effet, au cours des années 2014 et 2015, le comité de sélection a accepté 72 œuvres d’art offertes en don par plus d’une dizaine de collectionneurs donateurs. Ces nouvelles acquisitions constituent un corpus d’œuvres, datées de 1939 à 2015, de trente-sept artistes qui ont contribué de manière significative à l’histoire de l’art du Québec [5].

On retrouvera entre autres des artistes signataires du célèbre manifeste Prisme d’Yeux, publié en février 1948 [6], dont Jacques de Tonnancour (qui en est l’auteur), Léon Bellefleur et Albert Dumouchel. Les lecteurs pourront aussi découvrir l’œuvre gravé d’un artiste moins connu, Gérard Tremblay, qui avait développé une durable amitié avec son maître Albert Dumouchel, ainsi qu’avec Léon Bellefleur, son collègue avec qui il exposait encore en 1981 ; mais aussi avec le poète, peintre et graveur Roland Giguère, son complice pour la publication de nombreuses estampes aux Éditions Erta, fondées en 1950. On retrouvera aussi des pionniers de la modernité artistique au Québec, comme Stanley Cosgrove, ou des figures majeures de la peinture : Jean-Paul Riopelle, Yves Gaucher , Françoise Sullivan, Charles Gagnon.

Ce corpus d’œuvres comprend principalement des peintures et œuvres sur papier, mais aussi deux sculptures de Charles Daudelin. En effet, les médiums artistiques sont ici tout aussi diversifiées que le goût de chacun des collectionneurs donateurs, avec des dessins, des peintures à l’huile ou à l’acrylique sur supports variés, ou des photographies (des épreuves argentiques et des impressions au jet d’encre). L’estampe, en particulier, est bien représentée et le lecteur pourra en apprécier les multiples techniques : sérigraphie, lithographie, eau-forte, monotype, et manière noire (ou mezzotinte) et photogravure.

Dès sa conception, L’artiste et le philanthrope s’inscrivait dans le prolongement de cette fluidité structurelle que l’on reconnaît aux livres numériques qui proposent des entrées multiples selon une lecture moins linéaire. Ainsi, chaque chapitre est constitué du texte d’un auteur qui avait préalablement sélectionné trois ou quatre artistes, regroupés selon des affinités identifiées de manière souple et variable ; des critères correspondant aux aspects chronologique, ou technique, ou encore formel des œuvres, présidaient librement au choix des étudiants commissaires. Au reste, les sélections d’œuvres motivées par des affects plutôt que par des concepts, un peu à la manière des collectionneurs, pouvaient aussi être favorisés. On retrouvera donc des regroupements d’œuvres dont l’axe principal est la photographie [7] (Gabor Szilasi, Denis Farley, Richard-Max Tremblay), la peinture [8] (Pierre Blanchette, Charles Gagnon, Marc Garneau), l’abstraction gestuelle dans la gravure [9] (Richard Lacroix, Francine Simonin, Miljenko Horvat), la notion d’espace [10] (Paul Béliveau, Sylvie Bouchard, Alain Laframboise), les années 1960 [11] (Charles Daudelin, Albert Dumouchel, Yves Gaucher) ou, encore, la place des femmes dans l’art au Québec [12] (Jennifer Dickson, Irène F. Whittome, Françoise Sullivan, Janine Leroux-Guillaume). De délicieuses coïncidences peuvent aussi servir de fil rouge dans certains textes, comme, par exemple, les liens qui unissent indirectement les œuvres de Jacques de Tonnancour, Stanley Cosgrove et Peter Krausz [13].

L’artiste et le philanthrope propose donc un contexte qui permet aux lecteurs de réfléchir à la signification des collections muséales et aux principes qui régissent, historiquement, leur constitution. En effet, une collection publique s’instaure dès lors qu’il y a un désir, partagé démocratiquement, de confirmer qu’un ensemble d’objets est le bien d’une communauté. Ce partage suppose l’idée de don à la collectivité et c’est à travers la figure du philanthrope que cet idéal peut s’incarner.

L’appui de personnes compétentes et généreuses est indispensable pour la réalisation d’un tel projet. Il a été possible de réaliser la publication grâce aux Presses de l’Université de Montréal. Les PUM ont cru dans ce projet et permis l’utilisation de la plateforme de la Collection « Parcours numériques », dirigée par Michael Sinatra et Marcello Vitali Rosati, pour l’édition du catalogue d’exposition. Entre les textes manuscrits et le catalogue d’exposition numérique, un travail colossal reste à accomplir ; aussi, je remercie sincèrement notre édimestre, Hélène Beauchef, ainsi que mon collègue Emmanuel Château-Dutier, pour leur inestimable expertise dans ce domaine. J’exprime toute ma gratitude à Bruno Viens, directeur du Centre d’exposition, ainsi qu’à Myriam Barriault, assistante aux communications et Patrick Mailloux, coordonnateur des expositions et de la Collection, qui ont accueilli avec enthousiasme l’idée d’un projet qui souhaitait réunir le public et différents acteurs de la communauté universitaire : des philanthropes qui ont donné à l’Université de Montréal ; des étudiants en histoire de l’art et en muséologie qui agissent comme commissaires d’une exposition au Centre d’exposition de l’UdeM ; des professeurs et des professionnels qui soutiennent ces deux groupes avec la volonté de créer un projet innovant, dans le cadre d’un séminaire en histoire de l’art, avec un catalogue qui prend la forme d’une édition numérique. Enfin, puisque les étudiants participants, tout au long de ce séminaire, ont eu accès aux ressources documentaires du Centre d’exposition et à celles de la Bibliothèque en lettres et sciences humaines, je remercie Marie-Ève Ménard, bibliothécaire en histoire de l’art à la BLSH [14], pour sa participation active dans l’encadrement des étudiants et dans la production du catalogue.

Vidéo tournée et montée par Félipe Goulet-Letarte

Bernier Christine “Introduction”, in Bernier Christine (édité par), Catalogue de l’exposition L’artiste et le philanthrope. Nouvelles acquisitions ‒ les dons de 2014-2015, Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, ISBN: 978-2-7606-3653-8 (http://collectionart.umontreal.ca/introduction), RIS, BibTeX.

Dernière mise à jour : 5 mars 2016
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Réalisé avec SPIP pour la collection Parcours Numériques aux Presses de l'Université de Montréal par Owell.co

Sommaire
Notes

Contenus complémentaires : 5 contenus

  • Références bibliographiques. Établies et colligées par Marie-Ève Ménard.

  • Centre d’exposition de l’Université de Montréal.

  • Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques - Université de Montréal.

  • Association des étudiantes et étudiants en histoire de l’art de l’Université de Montréal.

  • Montage de l’exposition : L’artiste et le philanthrope. Vidéo tournée et montée par Félipe Goulet-Letarte pour le Centre d’exposition de l’Université de Montréal.

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