L’artiste et le philanthrope Nouvelles acquisitions ‒ les dons de 2014-2015
  • Christine Bernier

Gérard Tremblay, Lauréat Marois et Gaston Petit

  • Guillaume Fortier

Gérard Tremblay

Gérard Tremblay voit le jour en 1928 aux Éboulements. Il étudie la gravure à l’École des beaux-arts et à l’Institut des arts graphiques de Montréal où il est l’étudiant des illustres Albert Dumouchel et Arthur Gladu, tous deux cosignataires du manifeste Prisme d’Yeux. Les enseignements de ces pionniers de la pensée artistique moderne du Québec auront certainement une influence déterminante sur le jeune Tremblay qui présente en 1947 sa première exposition à la Librairie Tranquille, où sera lancé, un an plus tard, le manifeste. Tremblay s’implique, aux cotés de son ami et collaborateur Roland Giguère, dans les activités d’Erta, une maison d’édition qui publiera de nombreux recueils d’estampes, de gravures et de poésie dont Midi Perdu et Temps et lieux, signés par Giguère et illustrés par Tremblay.

Il enseigne la gravure à l’Université Laval de 1968 à 1982. Président de l’Association des graveurs du Québec à partir de 1972, il demeure actif jusqu’à la fin de sa carrière. Un cancer l’emporte le 20 février 1992. L’artiste avait 64 ans.

À propos de Vénus Tourne Pas Rond et Les Fleurs du Mal :

Les Fleurs du Mal, dessin à l’encre de 1982, met en scène une frégate bancale et squelettique. Se rend-elle à Cythère ou bien dort-elle sur des canaux à l’humeur vagabonde, pour reprendre la poésie de Baudelaire et de ses Fleurs du Mal. Quoi qu’il en soit, le format de cette œuvre, tout comme son titre, laissent supposer que le dessin aurait pu intégrer quelque recueil de poésie.

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Gérard Tremblay (1928-1992), Fleurs du mal, 1982, encre sur papier, 27,9x17,8cm. Collection d’œuvres d’art de l’Université de Montréal, don de Monsieur Charles Théroux © Succession Gérard Tremblay (2016) Photo : Patrick-Olivier Meunier (2016)

Vénus tourne pas rond est une encre et aquarelle sur papier de la série « Vénus », sur laquelle s’est concentré Tremblay en 1982. Le buste d’une Aphrodite est tracé à l’encre sur fond camaïeu vert-orangé, son sexe est recouvert d’une forme organique circulaire rappelant un agrume ; ses rayons forment des symboles qui rappellent les formes hiéroglyphiques typiques de la production de l’artiste. Du centre de cette cible jaillissent des volutes de fumées ainsi que des fleurs qui couvrent les mamelons de celle dont l’absence de bras et la posture rappelle la pose de la célèbre Vénus de Milo.

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Gérard Tremblay (1928-1992), Vénus tourne pas rond, 1981, encre et aquarelle sur papier, 43,8x29,2cm. Collection d’œuvres d’art de l’Université de Montréal, don de Monsieur Charles Théroux © Succession Gérard Tremblay (2016) Photo : Patrick-Olivier Meunier (2016)

Lauréat Marois

Lauréat Marois est né à Saint-Éphrem-de-Beauce en 1949. En 1967, il déménage à Québec pour y étudier les beaux-arts et se spécialise en gravure et arts graphiques. En 1972, il complète une licence en enseignement des arts plastiques à l’Université Laval. La même année, il donne des cours de sérigraphie à l’Université du Québec à Chicoutimi. 

Au début des années 1970, la sérigraphie était en plein essor et connaissait un succès fou auprès des étudiants. [...] Mais j’étais rendu à un point de ma recherche où ma sérigraphie était devenue beaucoup plus picturale, plus près d’un tableau que d’une œuvre imprimée [1]

De 1972 à 1982, Lauréat Marois se consacre presque exclusivement à la sérigraphie. Une première série d’œuvres abstraites en 1972 permet à l’artiste d’explorer les possibilités de ce médium en l’amalgamant à d’autres techniques picturales telles que le dessin et la peinture. Ses œuvres font l’objet d’expositions collectives et individuelles au Québec, au Canada, aux États-Unis, en France, en Belgique, en Angleterre, en Pologne, en Amérique du Sud, au Japon et en Chine.

À propos de Vision Habitée :

Vision habitée, une sérigraphie de 1981, tirée à 45 exemplaires, reprend des éléments paysagers, nautiques et géométriques qui caractérisent le corpus de Marois, le tout dans des dominantes de bleu. Allongé sur les rochers, un homme est surpris à rêvasser. Surélevée, sa vision est habitée et animée : un triangle rouge, au large, rappelle la voile d’un voilier, des plaisanciers jouent dans le sable. Ébloui, l’homme protège son regard, son bras recouvre ses yeux ; la composition est assombrie à gauche. Le triangle dans Vision habitée induit à la scène un mouvement vers la gauche, l’œil parcours le paysage brisé, cherche à rationaliser l’horizon disloqué. L’effet cinétique est d’autant plus renforcé par le jeu de plans qui s’entrecoupent et se rencontrent puis se resserrent et pointent vers ce qui semble être le sommeil de l’homme au repos, sa rêverie.

Gaston Petit

Gaston Petit est né à Shawinigan en 1930. Celui qui voyage entre ses ateliers de Tokyo et de Champlain près de Trois-Rivières a, à son actif, une impressionnante production artistique et multidisciplinaire : architecture liturgique, fresques, œuvres et installations de grandes dimensions, sculptures, vitraux et, surtout, estampes. Il étudie le grec et le latin au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières, fait son noviciat à Saint-Hyacinthe puis étudie sept ans la philosophie et la théologie au collège dominicain d’Ottawa : il est ordonné prêtre en 1959. En 1961, il part en mission pour le Japon. La conception d’une chapelle moderniste sur un campus de Kyoto propulse la carrière du Dominicain en sol nippon, tout en affirmant la signature résolument contemporaine de l’artiste shawiniganais. En 1965, il fait construire son atelier dans la cour du monastère dominicain de Shibuya. Au fil des ans, l’atelier s’agrandit afin d’y accueillir les activités créatrices et pédagogiques de l’artiste qui y enseigne ; cet espace devient dès 1973 un lieu de recherche en estampe de renommée internationale.

À propos de Nu sur lilas :

Sujet pour le moins surprenant de la part d’un dévot, le nu féminin fait l’objet d’une série que Gaston Petit exposera en 1973. Les silhouettes, simples et chastes, sont gravées à l’eau-forte sur fond au motif végétal, sérigraphié ou lithographié. Inspiré par le ukiyo-é, bokashi, ou dégradé, la série revisite l’estampe japonaise traditionnelle tout en conservant sa signature propre : dessin à la ligne sur fond blanc, dégradés, sujets féminins non-érotisés. Si le sujet et son traitement détonnent lorsqu’on le compare à la riche production liturgique de l’artiste, on reconnait le travail de virtuose de la technique d’estampe de même qu’une réappropriation résolument contemporaine d’une technique picturale ancestrale, qui caractérise l’œuvre de l’artiste-missionnaire reconnu pour sa réinterprétation des canons.

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Gaston Petit, Nue sur lilas, 1974, lithographie, 9/40, 54,6x42cm. Collection d’œuvres d’art de l’Université de Montréal, don de Monsieur Charles Théroux © Gaston Petit (2016) Photo : Patrick-Olivier Meunier (2016)

Fortier Guillaume (2016). “Gérard Tremblay, Lauréat Marois et Gaston Petit”, in Bernier Christine (édité par), Catalogue de l’exposition L’artiste et le philanthrope. Nouvelles acquisitions ‒ les dons de 2014-2015, Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, ISBN: 978-2-7606-3653-8 (http://collectionart.umontreal.ca/tremblay-marois-petit), RIS, BibTeX.

Dernière mise à jour : 5 mars 2016
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Réalisé avec SPIP pour la collection Parcours Numériques aux Presses de l'Université de Montréal par Owell.co

Sommaire
Notes

[1SOCIÉTÉ DE TRANSPORT DE MONTRÉAL (2005). Saint-Michel (Marcelin Cardinal, Charles Lemay, Lauréat Marois et Normand Moffat), En ligne. Consulté en février 2016.

Contenus complémentaires : 2 contenus

  • Bibliographie de « Gérard Tremblay, Lauréat Marois et Gaston Petit » par Guillaume Fortier.

  • Pour en savoir plus sur l’estampe et sur Gaston Petit : Gaston Petit, Artiste, commentaires et estampe, Japon.

    « Quelques commentaires captés à la Bibliothèque E. H. Norman, Ambassade du Canada, Tokyo, Japon. Interview Frédéric St-Arnaud. Novembre 2007. Caméra Ad Lib : Jean St-Arnaud. »

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